L’agroécologie pour réconcilier Eleveurs et Agriculteurs au Sahel

Le bétail essentiel pour le maintien de la fertilité des sols

Des expériences montrent qu’agriculteurs et éleveurs peuvent s’entendre pour le bénéfice des deux.
Eleveurs peuhls et agriculteurs peuvent former un partenariat gagnant-gagnant : le bétail peut enrichir directement le sol des champs des agriculteurs et le fumier être récolté dans les parcs à bétail pour fabriquer le compost.

Le bétail pour enrichir directement le sol des champs des agriculteurs

Quand les troupeaux peuvent paître dans les champs des agriculteurs, cela améliore durablement la qualité des sols et l’on obtient de meilleures récoltes

Burkina Faso – Goéma
Le pâturage rationnel avec les bœufs des éleveurs peuhls au sein des périmètres bocagers où les agriculteurs pratiquent rotation des cultures et jachère une année sur 4.
Avec utilisation de clôtures électriques solaires mobiles
Le pâturage rationnel se pratique tant en saison sèche qu’en saison pluvieuse mais il y a quelques préalables : en saison sèche il doit y avoir des résidus de récoltes et en saison pluvieuse le champ doit être en jachère.
En saison des pluies : dans les champs en jachère
En saison sèche :
tiges et feuilles (mil et sorgho) gardées lors des récoltes

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Au moment des récoltes (de sorgho et de mil), il s’agit de couper les tiges à partir de 80 cm du sol. Tiges et feuilles restantes serviront à enrichir le sol par leur décomposition par les termites, à capter les graines d’herbes véhiculées par le vent pour ensemencer la jachère et surtout à nourrir le bétail (dont les déjections nourriront le sol).
Présentement ce sont déjà quelques 400 bœufs qui en profitent

Avant l’aménagement du périmètre bocager de Toèghin, Désiré Nabaloum, n’autorisait aucune incursion d’éleveurs dans ses champs. « Après les semis, nous étions obligés de dormir dans nos champs sinon les bœufs pouvaient venir tout détruire. Nous subissions d’énormes pertes », narre l’agriculteur qui se souvient encore d’un incident qui avait suscité un violent conflit entre les agriculteurs et les éleveurs à Toèghin il y a de cela quelques années.
. « Cette année, je suis venu ici une vingtaine de fois avec mes bœufs », affirme l’éleveur Moumouni Bandé. « depuis l’aménagement de ce site, il n’y a plus de conflits entre nous. Avant, Désiré et nous les éleveurs on ne s’adressait pas la parole dans ce village. Mais aujourd’hui, ces guéguerres ne sont plus d’actualité. Maintenant, je peux leur offrir une femme », plaisante-t-il.

Voir l’article paru le 27 mai 2010 dans Le monde rural.com (en pdf téléchargeable) : Burkina : le pâturage rationnel, une « arme » contre les conflits entre éleveurs et agriculteurs
Voir aussi : Le périmètre bocager au Sahel avec Terre Verte. C’est l’aménagement d’un ensemble de champs et  de techniques agricoles permettant de restaurer les terres dégradées et d’augmenter durablement de 100 à 200% les rendements en piégeant l’eau de pluie dans les champs.

Niger – Nawaskalé – Zinder
Contrat de Fumure entre agriculteurs et éleveurs transhumants au Niger
Le contrat de fumure

Le terme « contrat de fumure » signifie la création d’une relation de confiance entre un agriculteur et un éleveur peulh nomade.

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Elhadj Touraki Moustapha, agriculteur à Nawaskalé (Zinder) :
«.Je pratique le contrat de fumure depuis plus de vingt (20) ans. Entre les transhumants et nous, il s’est établi aujourd’hui une relation solide de confraternité. Ils viennent camper dans mes champs pour utiliser les tiges de mil, sorgho et autres fanes d’arachides et de niébé que je stocke à la fin de saison de cultures dans mes champs. Eux me font de la fumure organique et moi je leur offre des céréales chaque semaine. Dans le contrat, je dois assurer l’eau pour l’abreuvement du bétail des transhumants. Comme je n’ai pas de puits dans mon champ, je mets ma charrette à la disposition des éleveurs pour chercher de l’eau à environ 8 km du lieu de parcage… »

Points de blocage
L’insuffisance d’eau dans le village pour satisfaire les termes du contrat de fumure par les agriculteurs (le puits du village est généralement insuffisant et éloigné de la zone de parcage des animaux);
La vente systématique des résidus agricoles pour la plupart des agriculteurs pour satisfaire certains besoins monétaires urgents, sans possibilité de restitution des éléments organiques au sol, ce qui met à nu les champs immédiatement après les récoltes et les rend vulnérables aux vents de saison sèche
La survenue fréquente des conflits violents entre agriculteurs et éleveurs lors des mouvements de transhumance entraîne des blocages psychologiques qui deviennent des obstacles à toute création de rapports de collaboration apaisée entre les agriculteurs sédentaires et les éleveurs transhumants
Voir l’article de la FNEN (Fédération Nationale des Eleveurs du Niger)
Améliorer la gestion des ressources naturelles par les contrats de fumure

Sénégal – Sarr Samburu – district Koussanar
L’Expérience d’ Abdourahmane BA sur l’agroécologie : sa terre, son troupeau de bœufs et ses arbres
Une Vidéo de ENDA Pronat (ENvironnement Développement Action pour la PROtection NAturelle des Terroirs), 2016

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A. BA et sa famille cultivent depuis plus de 20 ans du mil suna dans le même champ (1,6 ha) avec d’excellents résultats qui tournent autour de 1,8 tonnes par hectare, alors que la moyenne dans la région est de 700 Kg.

« Nous sélectionnons ces semences comme l’on fait nos parents et nous cultivons sans aucun intrant chimique.
Nos performances exceptionnelles sont principalement dues à notre système de parcage des bœufs.
Il faut savoir qu’au moment de la récolte la famille prend sa part et laisse aux bœufs les résidus. Durant la saison sèche, on parque les bœufs durant 15 jours sur une partie du champ et on organise une rotation. Ils mangent les résidus tandis que leurs déjections fertilisent le sol. A la veille de la saison des pluies les bœufs sont nourris de feuilles de vène.
Notre but est de garder intact cette capacité en préservant nos sols et nos arbres, des vènes, nos grands-parents nous ont appris à soigner nos animaux avec ces arbres. »

Sénégal – Région de Tambacounda.
Une exploitation innovante : agriculture vivrière et bovins sans transhumance chez Diampoulo Diallo
Description : l’exploitation familiale de Diampoulo Diallo est engagée dans l’agroécologie depuis 10 ans, intégrant l’agriculture et l’élevage dans un système autosuffisant.

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Sur plus de 2 hectares, l’exploitation pratique la régénération naturelle assistée (RNA) en associant la présence d’arbres dans les champs pour contribuer à l’enrichissement des sols. De plus, l’association de l’élevage et de l’agriculture permet à l’exploitation de diminuer les intrants externes. La fertilisation des sols est effectuée par le parcage du bétail pendant une dizaine de jours sur les parcelles agricoles, et les animaux se nourrissent des résidus des plantations.
Les activités agricoles concernent les cultures vivrières (le mil, le maïs) et les cultures de rente (arachide, coton biologique) sur une dizaine d’hectares. Le bétail est composé de bovins et de caprins avec un système d’élevage extensif mais limité dans le terroir, sans transhumance.
Voir la fiche d’Avaclim. : Le projet Avaclim vise à créer les conditions nécessaires au déploiement de l’agroécologie dans les zones arides
Une exploitation innovante agriculture vivrière et bovins sans transhumance Diampoulo Diallo

Sénégal – Région du Sine Saloum
 L’intégration de l’agriculture et de l’élevage pour une diversification des cultures
Les sols tropicaux de la région sont par nature peu riches en matières organiques et en éléments minéraux disponibles pour les plantes. Le maintien de la productivité de ces sols repose donc sur la gestion des matières organiques et sur un maintien de stock de carbone dans les sols.
Une vidéo de l’IRD (l’Institut de Recherche pour le Développement), 2017

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Le film présente les enjeux de la recherche pour intensifier la production de biomasse de ces sols essentiellement basée sur l’utilisation des fumiers disponibles à l’échelle de la ferme et du territoire afin de préserver des activités et des revenus agricoles diversifiés.
Un film de 9 minutes 22 secondes de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) en collaboration avec l’Institut Sénégalais de la Recherche Agronomique (ISRA), le laboratoire mixte

Le fumier des parcs à bétail ingrédient de base pour fabriquer le compost

Même sans faire paître les troupeaux directement dans les champs les troupeaux de bétail peuvent être utiles aux agriculteurs. Le compost est le fertilisant naturel essentiel pour enrichir d’une manière durable les sols pauvres du Sahel.
Voir 2 films tournés à la ferme pilote AZN de Guiè au Burkina Faso par Ciné Yam Paysans Sahéliens documentaristes et La Tram

Le Compost nourrit la terre – Birg N Zãd Tingãongã – VF

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« Nous n’avons pas de bêtes alors nous échangeons avec les peulhs la paille contre le fumier (récupéré dans les parcs où le bétail est rassemblé pour passer la nuit). Ils ont besoin de paille pour leurs toits et nous de fumier pour le compost. » dit Salamata Ouédraogo, agricultrice.

Le compost passif de la Ferme Pilote de Guiè – Sa Koom Birg Ponegre – VF

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En valorisant la saison des pluies et l’usage des parcs à bétail, l’AZN et Terre Verte développent un processus de compostage passif adapté au contexte Sahélien. Il limite grandement les besoins en eau et surtout le travail des paysans. Ils paillent régulièrement le parc à bétail de septembre à juillet et récoltent le fumier durant la saison des pluies.